C'est en 2004 que débute une formation culture, animée par des artistes, organisée à l'attention des animateurs permanents des centres sociaux et socioculturels du département du Bas-Rhin. Très vite apparait une difficulté entre les participants : une mauvaise compréhension réciproque due à de nombreuses différences comme les fonctionnements, les missions, les projets, les finalités professionnelles de chacun. Elle se traduit par exemple dans les mots. Les animateurs nomment leur public « les habitants » et les artistes disent « les amateurs » ce qui induit des comportements très éloignés.
Pour se comprendre et donc arriver à des créations culturelles ensemble, nait le projet Reflets. Différents ateliers théâtre, photo et art plastique se mettent en place. Des ateliers pour parler de soi, être soi même, se mettre en scène, dans son espace, sa ville explique Marcella Bernardo artiste, conceptrice et coordinatrice du projet. Les cheminements sont différents selon les centres. Le processus varie selon les ateliers pour arriver à l'oeuvre collective. Les questions sont fortes de part et d'autres.
C'est l'individu chargé d'une histoire propre dont tient compte l'animateur. Pour arriver à l'oeuvre c'est le processus qui intéresse l'artiste. La qualité n'est pas autant importante que l'épanouissement de l'individu. Finalement la question centrale est apparue : comment se placer vis-à-vis des amateurs/habitants ?
Finalement, ce qui a permis de comprendre le principe des cultures créatives collectives a été de se parler, s'écouter afin de pouvoir passer un accord clair pour tous avec une direction et des objectifs « on sait où l'on va ». Cette écoute a été favorisée par plusieurs phénomènes totalement imprévus. Pour organiser les nombreuses réunions, nécessaires à la coordination, il a fallu « sortir des murs » des institutions respectives et se retrouver « ailleurs ». Ces autres lieux ont permis l'expression d'autres paroles et la découverte de nouvelles pratiques, réalisations, espaces, favorisant ainsi une découverte mutuelle. Autre surprise, les amateurs/habitants se sont mis à avoir des initiatives et sont venu aux réunions de coordination non seulement écouter mais participer, donner leurs avis, se raconter, dire leurs différences. Ainsi, souligne Marcella en souriant « la lourdeur de l'organisation a créé une légèreté de découverte rencontre»
Des adultes entre 25 et 70 ans, amateurs aux ateliers théâtre, musique, chant, ont exprimé leur différences « on est pas tous pareils ». Si certains viennent un peu en dilettante suivre un atelier, pour d'autres au contraire l'atelier devient un repère, parfois même l'unique repère fort et solide de vies qui deviennent particulièrement sombres ou compliquées.
On a assisté à la dégradation personnelle de plusieurs personnes explique Marcella. Des personnes qui nous exprimaient qu'elles ne pouvaient plus payer, même un ticket de tram.
Reflet à déclenché beaucoup plus de choses que prévu entre les différents participants. Il n'y a pas que les mots qui diffèrent, il y a les expériences de vie. Le travail de la création c'est raconter une histoire, avec beaucoup de sensibilité et de beauté. Les oeuvres réalisées dans les ateliers sont très émouvantes explique Christophe Le Barry, animateur du réseau des centres sociaux du 67. Tous les participants sont transformés dans leur vision de l'autre, dans leurs mots, par cette histoire. L'émotion vient de cet ensemble et l'oeuvre interpelle l'autre de façon vraie, il s'agit simplement de vivre.
Pour terminer cette aventure et pouvoir repartir sur autre chose, il est nécessaire de prendre du recul et de mesurer les difficultés, enfermement de logiques institutionnelles quotidiennes, montage financier très difficile ne facilitant pas la sérénité nécessaire à la création, freins pour créer du nouveau, sortir des cases et être reconnu. Il faut également comprendre « ce que cela dit pour la communauté entière».
Ainsi pour aider à boucler ce projet passionnant, un sociologue participe à l'ultime étape du projet, une table ronde en janvier 2009. Quatre partenaires seront autour de la table, la surprise étant le dernier acteur : les financeurs. En effet une originalité pour les centres est d'avoir, autour du projet Reflets, obtenu pour la première fois des financements du conseil général, de la région et de la direction régionale des affaires culturelles. Avec leurs techniciens venus participer, ravis d'un projet original qui a du sens et qui est inter acteurs, ce fut encore l'occasion d'un autre décloisonnement !
Plusieurs productions ont été réalisées au cours de ce projet, parmi lesquelles : deux vidéos, des portraits des projets, des témoignages autour de personnes...
1 A place des Orphelins 67000 Strasbourg tél. : 03 88 35 99 95 Contact : Christophe de Barry, animateur
Rédaction: Nathalie Froissart