Il y a 22 ans, des membres de la MJC d'Oullins (banlieue sud ouest de Lyon et zone industrielle de Feyzins) décident de créer un festival cinématographique autour des questions scientifiques. Fervents défenseurs de l'éducation populaire, syndicalistes et pour plusieurs d'entre eux appartenant au comité d'entreprise de l'usine UGINE KUHLMAN, devenue aujourd'hui ARKEMA, ils bénéficient d'une aide financière conséquente leur permettant, initialement, de réaliser des expositions d'information générale. A cette période plusieurs catastrophes et problèmes liés aux usines chimiques interrogent la population. Peu de projets existent autour de ces questions en France. Ils rencontrent l'équipe du festival de Palaiseau (festival de films scientifiques) et font le choix du cinéma avec un but initial de transmission des connaissances.
Au départ, deux axes dans ce projet : la diffusion de films scientifiques et une compétition de films produits en région, films professionnels. Depuis 10 ans, une nouvelle équipe s'occupe du festival. Cette fois, elle est composée de salariés de la structure mais aussi toujours de bénévoles et d'administrateurs de la MJC. Il y a un véritable travail de coordination et de lien entre le projet de l'association et le festival, événement particulièrement important rythmant la vie de la maison et nécessitant, du point de vue de son développement, une coordination importante. Cette nouvelle équipe réinterroge le projet dans sa pertinence et dans la place qu'elle accorde au festival, au regard de l'éducation populaire, de sa responsabilité culturelle et du débat citoyen. Comment considère-t-on le film ? Comment fait-on pour amener les gens à être acteurs du débat ? Par rapport à la médiation scientifique, comment sortir de la transmission du savoir ? quel est l'espace de mise en débat et les enjeux pour la société ? Comment peut on aussi entrer dans la réflexion à partir de la diffusion du film, dit « scientifique » ?
« La science nous entoure avec des « vrais-faux » débats politiques et le festival a aussi pour objectif que le citoyen se réapproprie ces débats. Plutôt que de transmettre uniquement des savoirs, les logiques sont inversées et l'approche est à la fois historique, politique, épistémologique, économique mais aussi culturelle, le débat sur la science doit être argumenté et distancé. » nous dit Grégory Mouret. « Mais pour que cette médiation culturelle nourrisse un débat sur la science, il est tout aussi important que le film soit oeuvre cinématographique. On est du côté du point de vue et non dans une certitude annoncée. Le fait d'avoir le point de vue du réalisateur permet d'avoir un regard tiers sur le sujet et on va poser un regard sur l'objet scientifique, on est déjà dans le débat. »
L'action se déroule tant en amont qu'au cours du festival lui-même. 70 bénévoles travaillent avec l'équipe des salariés pour la réalisation du festival, dans sa globalité ; festival qui voit passer chaque année environ 5000 personnes.
Le festival se découpe entre les soirées thématiques, le concours du film scientifique et l'atelier lecture d'image :
- Sur une journée complète les spectateurs vont regarder et analyser ensemble les films qui seront diffusés. Parmi ces spectateurs, il y aura des scientifiques, des réalisateurs cinématographiques. Ceux-ci n'ont pas pour mission de faire des conférences à propos des sujets abordés, mais de donner leurs éclairages au cours de chacun des débats et n'ont pas un temps de parole privilégié par rapport au public. - Le travail en amont de préparation de cette journée, se fait avec les cinéastes, les scientifiques, les bénévoles et les salariés. C'est déjà un premier espace de paroles partagées. Dans le choix des films à projeter, se pose le choix pour la recherche publique et pour des films indépendants, avec en amont cette interrogation sur les enjeux qui seront au coeur même des débats.
- Les membres de l'équipe du festival vont devoir eux-mêmes faire le chemin qu'ils proposeront au public lors de l'atelier de lecture d'image. Mais comment amorcer un débat avec 300 spectateurs parmi lesquels chacun d'entre eux vient pour des raisons différentes avec des points de vue parfois déjà bien arrêtés et différents également de celui des autres ?
Le public, composé maintenant de beaucoup d'habitués, a identifié depuis longtemps que cette journée procède à la construction d'un véritable espace de paroles partagées : « Le spectateur finit toujours par poser la question qui l'agace ! ». L'absence de conférence désacralise la science et le scientifique tout comme le cinéaste et le film. C'est pourquoi il est primordial et incontournable que chaque année le tryptique (public, cinéma, science), comme la mixité (professionnels, amateurs) soient réunis sur cette journée. C'est ce qui permettra, in fine, au public de s'approprier des clefs de lecture qui seront les siennes et n'auront pas pour objet de lui faire changer d'avis, mais bien de comprendre pourquoi il s'est fondé cette opinion et pourquoi son voisin de fauteuil a un avis différent.
Le festival, sous sa forme actuelle est un rendez-vous annuel important dans l'agglomération lyonnaise, dans lequel se côtoient des personnalités différentes ainsi que des partenaires variés. Pour que vive cet événement, des sponsors participent à son financement. Ce sont des boites de production cinématographique privées, des partenaires institutionnels tels que le CNRS ou certaines universités, le musée des Confluences également, ainsi que la DRAC ; des collectivités publiques telles que la Région Rhône Alpes, la commune et le département ; l'Etat par le ministère de la recherche.
La MJC d'Oullins fait partie, pour son festival, de la commission Descartes Europe ; c'est-à-dire que pour la France, les films qui sont primés lors du concours, par la commission du festival, ont le droit de concourir au prix Descartes et au prix Diderot.
Pour la communication, l'équipe du festival fait appel aux médias régionaux et nationaux ; que se soit France Inter ou la TV, ainsi que la presse écrite. Cette communication est diffusée tant auprès des médias scientifiques que cinématographiques. Mais l'entrée choisie pour le public est le cinéma.
La conséquence particulière de ces 22 années de travail autour d'une réflexion avant tout d'éducation populaire, est la création d'un lieu ressource émanant du festival. D'où l'interrogation aussi de son indépendance, par rapport à son rattachement institutionnel à la MJC. Pour certains sponsors ou partenaires financiers et institutionnels, il doit prendre son autonomie et quitter la structure. Pour d'autres, qui composent le Conseil d'Administration de l'association et qui participent à la commission de préparation du festival, il y a toujours la crainte que le succès de la manifestation prime sur le débat public.
Par ailleurs, si le festival est maintenant célèbre tant auprès des érudits que pour le spectateur « lahnda », c'est peut être parce que celui-ci a réellement son espace de « paroles partagées » !
10 rue d'Orsel 69600 OULLINS Tél : 04 72 39 74 93
Contact :
- Pascale Bazin ; déléguée générale du festival
- Grégory Mouret ; membre de la coordination du festival
Rédaction: Dominique Bouveau