En 2005, un projet important de rénovation urbaine est en route sur le quartier Etouvie à Amiens. Les premiers travaux doivent démarrer courant 2007 et s'acheminer vers une refonte totale du quartier. Les axes de circulation, la répartition des écoles, la construction et la destruction de logements sont autant de problématiques qui se posent aux habitants du quartier.
La concertation organisée par la ville s'avère laborieuse et mal comprise par les habitants. Seules des réunions publiques d'information ont été menées. Les habitants réagissent à la rénovation de leur quartier ; c'est pour eux une souffrance et un risque. Il devient donc nécessaire de les rendre acteurs, cela au travers d'une démarche participative, artistique et culturelle. La démocratie participative doit être une réalité, les habitants sont capables, en étant accompagnés, de penser le quartier de demain, de laisser libre leur imaginaire et de faire parler leur créativité. De plus, la participation des habitants est la clé de l'évolution du territoire d'Etouvie et de son ouverture sur la ville. Début 2006, en se basant sur ces principes d'éducation populaire, le Centre Socio Culturel se lance dans l'animation d'un atelier d'urbanisme populaire.
Les objectifs suivants ont été définis pour ce projet
Tous les mois, une dizaine d'habitants d'Etouvie se réunissent pour travailler sur leur quartier, accompagnés par des intervenants extérieurs : architectes, philosophes, conservateurs du patrimoine, urbanistes, paysagistes. Chacun de ces rendez-vous a mission de faire des propositions concrètes pour organiser un « mieux vivre ensemble » dans le quartier.
De plus, pour alimenter les réflexions, différentes initiatives sont proposées.
Ainsi la visite à 2 reprises du familistère de Guise dans l'Aisne, première expérience d'utopie sociale à grande échelle associant un lieu de travail (l'usine GODIN) et un lieu de résidence. Cette expérience dura sous forme coopérative jusqu'en 1968. Il reste aujourd'hui de cette utopie un ensemble de bâtiments, visibles par tous, reconverti petit à petit en habitat social pour les plus défavorisés. La deuxième visite avec un car complet fut organisée lors du 1er mai. Occasion de s'interroger sur : « fêter le travail, Pourquoi ? Comment ? ».
Un débat avec un philosophe Amiénois, Patrick LAFANI : Suite à la visite du familistère, le besoin d'approfondir la notion d'utopie se fait ressentir. Des textes ont été édités dans le journal du centre social mais ne comblent pas toutes les attentes. La présence d'un philosophe s'avère importante pour éclaircir et alimenter la réflexion sur cette question.
Une visite de la zone de l'union à Roubaix où 22 habitants d'Etouvie pourront voir une exposition et participer à la visite de l'usine totalement vide mais chargée de souvenirs.
Une Rencontre avec un architecte qui s'est présentée comme une suite logique du travail entamé par les habitants. Cette fois, ils auront l'occasion d'échanger directement avec la personne qui a en charge le projet global de rénovation, de voir les maquettes et discuter concrètement de leur quartier. Ils pourront également échanger sur le fond. C'est à cette occasion qu'ils découvriront une des sources d'inspiration de l'architecte : « La cité radieuse » de Le Corbusier. Cette rencontre sera prolongée par une visite de La Maison Radieuse de Rezé, prés de Nantes.Ce fleuron de l'architecture moderne française a été construit dans les années 50 par l'architecte Le Corbusier. Ce voyage a permis de « voir en vrai » et de mieux appréhender le projet architectural en cours.
Le travail des habitants est régulièrement relaté dans le journal d'information du centre social. Les participants ont, plusieurs fois, édité un supplément spécial qu'ils ont justement appelé « D'Utopie à Utouvie. » Dans un 4 pages, ils relateront leur dernière visite en choisissant des mots qui les ont marqués. Par exemple pour Guise, ce sont les mots : palais social, utopie, travail, théâtre, logement, rencontre, socialisme et éducation qui seront déclinés. Ce travail permet une véritable expression des habitants, puisque ce sont leurs écrits qui seront intégralement diffusés.
L'émergence d'une réflexion sur l'urbanisme et le logement ; les lieux historiques et les repères ont enrichi les recherches et contribué à trouver la singularité du quartier Etouvie en proposant des réponses mieux adaptées sur les questions de la place publique.
Des habitants qui ont participé à cette démarche se sont par la suite beaucoup plus investis dans la vie du centre social.
En 2007, cette réflexion et cette implication se sont poursuivis par des projets autour des arts de la rue. Les adhérents du CSC se sont appropriés une autre forme d'expression au service des revendications des habitants. Cette année se fêtent les 50 ans du quartier. Le but est de créer un spectacle événementiel autour de la tour bleue d'Etouvie, emblème de la création du quartier qui a été détruite. L'urbanisme est au centre des préoccupations. Ce spectacle sera écrit et joué par les habitants qui réclament la parole et sera mis en scène grâce au concourt du Théâtre de l'Unité. Un personnage symbolique est au centre du spectacle : c'est Bleuette Delatour, habitante imaginaire, née de l'inconscient des habitants d'Etouvie après les visites architecturales. Ce personnage exprime les avis des différentes personnes rencontrées lors de ces visites et qui luttent dans leur quartier. Il sera joué par une des personnes qui a participé au projet Architecture.
« Le plus important, c'était la rencontre avec les gens qui habitent là » « c'est une parole vraie » » le guide, c'est intéressant mais eux, ils nous parlent vraiment de leur quartier » « Voir l'appartement témoin, ce n'est pas intéressant, par contre rentrer en contact avec une personne qui vit là depuis des années... » « c'est marrant, j'avais jamais fais le rapprochement mais la vieille que j'ai vue à Roubaix, c'est exactement le rôle de Bleuette. »
Des moyens financiers pour prendre en compte ce type d'action, notamment avec les services du Ministère de la Culture, alors qu'il n'y a pas intervention d'artistes. Un travail est à effectuer avec le responsable du patrimoine.
Etablir un partenariat avec la commune qui rénove. Ecouter les habitants c'est prendre un risque qui n'est pas facile à accepter.
Riche de ces enseignements, ce projet redémarre en 2008 : une réunion a eu lieu avec les adhérents le 28 juin et les envies sont intactes.
Avenue de Picardie - BP 1231 80000 Amiens Tel : 03 22 43 03 52 Contact Etienne DESJONQUERE, directeur du CSC
Rédaction : Julien Ouvrard