Ecrivains du Monde rassemble une grande diversité de groupes humains sur plusieurs territoires de Loire Atlantique. Le projet les invite à échanger et à se rassembler autour de la poésie du poète franco-libanais Youssef Haddad, puis de peintures inspirées de son oeuvre. Comment s'articule ce projet à plusieurs tiroirs, réunissant de nombreux participants ? Comment apprenons nous à échanger et débattre au milieu de cette diversité ?Dans le paysage des associations culturelles de Loire Atlantique, Peuple et Culture est un acteur apprécié des pouvoirs publics, des institutions, des associations et des populations. Depuis de nombreuses années, son action s'inscrit dans le quotidien des habitants et sur de nombreux terrains. C'est pourtant dans le quartier populaire et « sensible » de Malakoff, « coincé » entre la Loire, un Marais et une route très passante, qu'elle a établi ses locaux et qu'elle mène une partie de ses actions. Elle montre qu'ici aussi, il est possible de mener des projets audacieux, à partir du moment où chacun est considéré dans sa capacité de mener un projet, de porter une parole ou de participer au débat.
Les échanges de paroles sont au coeur des projets de PeC 44 depuis des années et particulièrement en 2008-2009. La formule « Paroles partagées, un enjeu pour 2008 » figure même sur les cartes de voeux de l'association ! Aussi, parmi les nombreux projets d'action culturelle et de formation menés par l'association autour des paroles partagées, il a été difficile d'en sélectionner.. Retenons simplement que la réflexion sur la construction de débat, la prise de parole individuelle ou collective, l'échange avec les artistes autour d'oeuvres est ancienne, durable et en constante expérimentation ! Il est important de comprendre qu'autour du projet présenté ici , existent régulièrement des ateliers d'écriture, des débats à partir de projections de cinéma documentaire ou des stages « d'entrainement mental » (initiation et entrainement à la réflexion collective et à la prise de décision pour agir dans la complexité) etc...
Cinq étapes d'échanges et de partage de la parole se distinguent dans ce projet.
S'il est coordonné par l'association Peuple et Culture 44, le projet Ecrivains du Monde réunit étonnamment une grande pluralité d'acteurs : PeC44, le poète franco-libanais Youssef Haddad, deux associations de Bellevue, un restaurant social, le centre interculturel de documentation, la bibliothèque des Dervallières, le collège Pontchâteau, le centre socio-culturel du Jamet, la radio associative Jet-FM. Sur la base d'une trame imaginée par PeC 44 et autour d'un principe fort (l'implication de chacun dans la co-construction du projet), Ecrivains du Monde s'est élaboré progressivement, s'enrichissant de la diversité des effets recherchés. En effet, chaque acteur arrive dans le projet avec ses attentes propres (la langue, la francophonie, la réhabilitation de la culture arabe, l'expérimentation pédagogique dans un contexte scolaire difficile) mais n'en oublie pas pour autant le projet commun : un échange fort autour de la poésie et de la peinture, Le premier niveau de paroles partagées concerne donc structures et personnes « porteuses » du projet.
Le coeur du projet consiste à susciter des échanges et de la création autour de la rencontre avec le poète Youssef Haddad, lui même impliqué dans le projet et ses poésies. Dans une première phase, ces échanges auront lieu au sein de groupes spécifiques et fermés : les élèves d'une classe de 4ème spécialisée du collège Pontchâteau, les bénéficiaires d'un restaurant social de Beaulieu, les enfants usagers du centre socio-culturel Jamet, un groupe de jeunes femmes issues des quartiers populaires membres de deux associations d'arts plastiques et de stylisme, les adhérents de Peuple et Culture 44. Ces bénéficiaires ont tous été sensibilisés au projet et à la rencontre.
Parmi les bénéficiaires, le groupe de jeunes femmes s'inspirera de l'oeuvre du poète et réalisera des peintures et des bannières.
Ces réalisations donneront lieu à une exposition et à une troisième phase d'échanges dans un lieu choisi pour son histoire et sa charge symbolique : le centre interculturel de documentation. C'est la troisième phase d'échange autour des thèmes portés par le projet, à savoir la transmission d'une pratique artistique à une autre (de la poésie à la peinture), l'interculturalité et enfin le fait de vivre avec une double culture. L'exposition est ouverte au public.
La territorialité du projet est imaginée afin que des populations et des personnes très différentes, de tous âges et de tous milieux soient mobilisées. Durant la deuxième phase du projet -la rencontre avec Youssef Haddad, le projet voyage à travers différents territoires sur l'ensemble du département : de la métropole nantaise à la périphérie rurale du département, du centre-ville aux quartiers populaires de Nantes. Il est ainsi ouvert à différents profils démographiques et sociologiques : adolescentes et jeunes adultes des quartiers populaires Malakoff-Bellevue, actifs et retraités plutôt aisés du centre-ville de Nantes, rurbains et ruraux des Marais de la Brière, ouvriers, employés et ingénieurs des chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire, élèves d'un petit collège en milieu rural, bénéficiaires d'un restaurant social. Le projet voyage également par les ondes à travers un partenariat avec Jet-FM.
Au moment du vernissage de l'exposition, tous ces groupes convergent et se rencontrent au centre interculturel de documentation dans le centre-ville de Nantes.
S'il est difficile d'évaluer à priori ce projet, on peut s'intéresser aux critères d'évaluation qui ont attiré notre attention : le temps de préparation avec les acteurs, l'adaptation des propositions aux populations, le nombre de peintures réalisées, le temps passé sur chaque étape, les attentes et les remarques des participants, la quantité et la qualité des échanges... Chaque acteur partie prenante du projet a sa propre vision des effets attendus ou inattendus. Par exemple, pour les représentants de PeC 44, l'un d'eux est permettre une modification des représentations que des groupes ont des autres. « Il n'y a pas longtemps, une personne cultivée, professeur dans le secondaire me disait : mais ces gens là ne savent pas écrire... ! »
Ecrivains du Monde rassemble une grande diversité de groupes humains. Le projet les invite à échanger et à se rassembler. Ce n'est pas fréquent et pas non plus évident, notamment à partir d'une matière artistique, qui peut-être entendue à différents niveaux. Quelques règles sont posées et rappelées. La base est de souhaiter collectivement partager un moment culturel, dans lequel chacun est l'égal de son voisin, libre comme lui d'exprimer sa parole. Mais, s'exprimer exige un apprentissage : prouver ses sources, être clair dans son point de vue, prendre les arguments pour convaincre, prendre le temps d'écouter les arguments de ceux qui ne sont pas d'un même avis...Chacun pourrait apprendre que l'une des bases du débat, c'est d'être co-responsable des paroles partagées.
Il est déjà envisagé de poursuivre Ecrivains du Monde à l'issue de cette première édition avec un autre artiste. Il est aussi possible que ce projet se poursuive après l'exposition, en fonction des remarques des participants. A la suite du projet, pourquoi ne pas interroger les participants sur ce qu'ils ont vécu ?
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