Sur l'initiative d'un centre social et culturel, ce projet s'inscrit dans une volonté de développer la cohésion sociale sur le quartier de Thionville-Est en favorisant l'expression des femmes. A travers la pratique d'ateliers, il s'agit de créer une dynamique pour que des femmes en situation de difficulté et d'isolement prennent confiance, dépassent le sentiment d'impuissance et s'engagent à devenir elles-mêmes actrices de transformations sociales sur leur quartier.Implantée depuis 1988 sur le quartier Est de Thionville, dans la cité Barre placée en territoire politique de la ville, l'équipe du centre social et culturel « Le Lierre » a acquis une solide expérience en matière d'accompagnement social. A l'origine du projet « Femmes au pluriel », un autre projet d'envergure « Citoyen d'aujourd'hui, des histoires en partage».Trois années (2003 à 2005) pendant lesquelles permanents et bénévoles du centre travaillent avec des petits groupes de personnes sur le thème des origines, des racines et de l'immigration. Ce faisant, ils ont été amenés à accompagner des personnes très différentes pour la réalisation de portraits vidéo, d'exposition itinérante, de récits de vie et d'autoportraits photographiques.
De ces expériences enrichissantes sont tirées plusieurs constats :
En partant simplement de ces constats, le centre social imagine un nouveau projet pour agir. Le projet « Femmes au pluriel » s'articule autour des questions suivantes :
« Pour moi la vie, c'est parvenir à échanger des moments forts, à dialoguer. » dit Monique, Elles s'appellent Félicie, Florence, Geneviève, Gisèle, Marguerite, Monique, Renée...Elles ont connu des difficultés de toutes sortes : des ruptures, des traumatismes, des manques de confiance en soi ; elles participent à « Femmes au pluriel » avec le soutien des professionnels du centre pour des temps de rencontres et d'activités ; avec rien d'imposé, sinon un peu de chaleur humaine, de l'attention et de la bienveillance.
Le projet mise sur la durée ; comment faire autrement puisqu'il met en oeuvre un véritable processus de transformation des situations personnelles, sociales et culturelles permettant d'aller vers un changement de comportement pour s'ouvrir à l'autre et agir soi-même. C'est là tout l'enjeu de « Femmes au pluriel. »
Un important travail s'engage pour accompagner les femmes à sortir de l'isolement. Le respect dû aux participantes commence par leur droit à la parole, comme elles l'entendent, sans censure. Ainsi, support des sentiments intimes, des photographies servent de tremplin pour accueillir les premiers ressentis personnels inhérents à l'environnement et au quotidien de ces femmes. Les paroles se délient. Intenses et intimes, leurs témoignages se susurrent à mi-voix, à demi-mot et survivent à la dureté de douleurs profondes.
Pour les animateurs il s'agit dès lors de prendre appui sur les potentiels enfouis mais réels, de déceler les forces de vie derrière les heurs et les malheurs, de comprendre chacune dans sa singularité, d'accueillir la richesse des paroles exprimées sans à priori, sans jugement et de les valoriser pour que ces femmes se reconstruisent. Il leur revient ensuite le rôle d'animer des groupes pour qu'elles prennent conscience que tout n'est pas noir dans leur regard sur leur vie et leur quartier.
Quant à elles, elles apprennent à mieux se connaître, à accepter leur parole, celle des autres et par heureux contrecoup à mieux les comprendre. C'est à ce prix que des désirs d'engagement, quelle qu'en soit la forme, se produisent.
En terme de cohésion sociale, l'approche du groupe permet d'amorcer des réflexions sur les sujets sensibles de leur vie quotidienne : droit, logement, famille, traditions, tolérance et finalement d'ouvrir des perspectives d'initiatives collectives par la mise en place d'actions concrètes d'ateliers d'apprentissage, de production, de réflexions et l'organisation d'événements et de soirées conviviales réalisées à l'échelle locale du quartier. Soirées à l'occasion desquelles les séances de réflexions filmées sont projetées sur grand écran à l'intérieur du centre en hiver ou sur la place en été, suscitant le débat. Ce sont aussi d'importants moments de partage de culture culinaire et de convivialité.
Elles apprennent, dans le cadre d'un atelier, à communiquer avec différents publics en vue d'améliorer la vie quotidienne : elles réalisent un dessin animé pour parler avec des enfants de citoyenneté, pour leur faire découvrir de nouveaux visages et réaffirmer avec eux l'unité du groupe en créant un lien entre les générations. Elles agissent ainsi de concert sur les structures sociales et sur les structures psychologiques individuelles.
« Femmes au pluriel » c'est aussi l'histoire d'un journal. Thierry Léger insuffle l'énergie de l'aventure dans laquelle elles s'embarquent pour leur plus grande satisfaction : « Le journal nous a aidé au quotidien. Nous avons mûri grâce à sa mise en oeuvre. Il nous a fait réagir sur nous-mêmes. L'écriture de nos témoignages nous a permis de revenir sur des événements enfouis. Nous avons réussi à les assumer et à les dépasser. » L'élaboration du journal annuel est une trace forte. Trois parutions, trois titres significatifs :
C'est lui qui met en valeur les dynamiques identitaires apportant à chaque participante à la fois un effet miroir positif d'elle même et un retour sur leur engagement en pointant les croissances individuelles et collectives. Penser et fabriquer collectivement le journal aura permis de donner la parole aux femmes dans un double objectif d'intégration sociale et de lutte contre toute forme de discrimination. Il aura surtout permis de stimuler les potentialités, de renforcer la proximité et de soutenir davantage le processus de changement.
Ainsi des femmes et des hommes font socle et en conséquence quelque chose se porte ensemble : résolument au coeur de l'engagement social, la démarche « Femmes au pluriel » réussit à déverrouiller les paroles individuelles, à faire lâcher les liens qui enserrent afin que des projets collectifs s'élaborent et créent des liens qui lient. Ces actions s'inscrivent dans un courant qui ne manque pas de réflexions sociologiques mais s'ancrent profondément sur la vie du quartier avec les habitants du quartier. Et le moins qu'on puisse dire c'est que tout cela ne s'est pas échafaudé d'un claquement de doigt. C'est au contraire pour tous un long travail d'endurance L'implantation du centre «Le Lierre » se réalise vraiment dans des projets à longs termes grâce à des financements réguliers. En outre, la mobilisation associative partenariale met en commun des compétences et des énergies de grande amplitude, facilitée par le soutien financier de Jeunesse et Sport, avec en appui des acteurs relais de terrain facilitant la sensibilisation sur le quartier.
2 pl Roland 57100 THIONVILLE 03 82 54 39 97 • contact : Thierry Léger • recueil informations : Nora Boukhelifa • rédaction : Loraine Melin