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L'ESTAMÉMOIRE
entre convivialité et restauration du lien social.

Date : 23/02/2011 Région : Grand Nord / Thème : Inter-générations / Public : Tout Public

L'estamémoire (pour estaminet de la mémoire) est un concept imaginé en 1997, à l'occasion de la Semaine Bleue -dont le thème était "des mémoires pour l'avenir"- par l'association "Grandparenfant" de Wasquehal (près de Lille).

Le principe, calqué sur les cafés-philo alors très en vogue, était d'une simplicité biblique: réunir, dans un café, à dates régulières, des représentants de toutes les générations en vie pour évoquer les souvenirs de chacun sur un thème défini préalablement. Il s'agissait, au moins dans les premières années (car les Estamémoires existent toujours à Wasquehal), de thèmes très concrets : l'école, les progrès techniques, les tâches ménagères, la vie en usine, la guerre vue par des femmes de prisonniers, la chanson, les moyens de se distraire, etc. Chaque rencontre durait une heure et demie et l'association offrait le premier verre (elle avait obtenu une subvention de la Fondation de France qui récompensait l'originalité du projet et qui avait permis d'engager ce type de frais)

Les objectifs

On vise un quadruple but en réunissant ainsi des générations autour d'une mémoire exprimée.

  • D'abord, évidemment, favoriser la rencontre entre les générations et les faire se découvrir à l'occasion d'une manifestation à caractère convivial (voire même, parfois, festif.) C'est que le promoteur de cette idée avait été très frappé, un jour, en traversant une place publique à Tourcoing, par les regards échangés -ou évités- entre un groupe de jeunes gens et quelques retraités. On y lisait au mieux de l'incompréhension, au pire une véritable peur. De là s'était imposée la nécessité de provoquer des rencontres qui offriraient l'occasion de faire connaissance (dans la mesure où la peur, souvent irrationnelle, prenait sa source dans l'ignorance des codes, des habitudes, des modes et de leur évolution au cours des décennies écoulées.)
  • Ensuite, permettre à des jeunes de (re)trouver des repères familiaux -même au travers de familles de substitution.
  • Amener les enfants à prendre peu à peu conscience qu'ils s'inscrivent dans une histoire collective (et là, en l'occurrence, celle du monde ouvrier de l'agglomération Lille-Roubaix-Tourcoing), qu'ils sont héritiers de ces valeurs et qu'ils ont aussi la charge de les transmettre à leur tour.
  • Enfin rappeler aux aînés que retraite ne signifiait pas retrait. Que leur responsabilité civique reste pleinement engagée vis-à-vis des générations suivantes, qu'ils sont toujours des citoyens à part entière et non pas des assistés ou des ayant-droits geignards à une meilleure place au spectacle ou à un pain au chocolat hebdomadaire. Ils ont en particulier à assumer leur devoir de mémoire. Nombreux furent celles et ceux qui, au fil des années, témoignèrent du bienfait de ces rencontres sur leur santé et sur leur moral. S'obliger à sortir, à fouiller dans ses souvenirs, à s'exprimer en public, à rencontrer l'autre et ses différences, voilà qui constituait une antidote efficace à Alzheimer !

La réalisation

  • Le lieu: durant les deux premières années, nous sommes restés fidèles au même estaminet qui nous avait fait confiance d'entrée (ce n'est pas évident: certains avaient peur qu'on fasse fuir leur clientèle d'habitués -surtout un samedi en fin d'après-midi, d'autres se méfiaient épidermiquement du monde associatif…) Et puis les portes se sont ouvertes au succès (chaque estamémoire réunissait entre 80 et 100 participants) et la manifestation s'est déplacée - mais toujours dans la même ville. Du coup le public s'est aussi élargi. A une ou deux reprises, une infidélité a été faite aux bistros : on s'est rendu dans des maisons de retraite pour venir à la rencontre de celles et ceux qui ne pouvaient plus se déplacer. En fait le lieu peut être le bistrot mais aussi la salle polyvalente, le Foyer Rural, le Centre Social, etc.
  • La fréquence: dans les premiers temps, ce rendez-vous était mensuel, le deuxième samedi du mois, de 17h30 à 19h. Un horaire qui convient à la fois aux personnes âgées soucieuses de ne pas rentrer trop tard chez elles et aux plus jeunes dont il n'hypothèque pas la soirée.
  • L'organisation: chaque rencontre est divisée en trois "sous-thèmes" de 30 minutes. Par exemple, le thème de l'école était distribué en "les conditions matérielles, le décor, l'ambiance", puis "les programmes, récompenses et sanctions, relations avec les parents" et enfin "de l'enseignement public à l'éducation nationale- que sous-tend ce changement de terminologie?"

Au début de chaque "sous-thème" l'animateur interview un "grand témoin" pendant 5 à 6 minutes puis donne la parole au public en veillant attentivement à ce que chacun puisse s'exprimer sans accaparer la parole.

La préparation

Dans les semaines précédentes, la commission "estamémoire" choisit le thème, définit les sous-thèmes, repére les grands témoins que l'animateur va préalablement rencontrer pour définir avec eux le sujet de leur intervention et les sensibiliser au temps restreint dont ils disposent pour dire beaucoup en peu de mots… La commission démarche l'établissement où se déroulera la rencontre, convient d'une disposition de salle adaptée.
Dans les semaines qui suivent, on s'offre un débriefing très pointu, on récupère le mini-disque enregistré par une radio locale qui suit toutes nos rencontres et les rediffuse dans la semaine suivante, on transcrit l'essentiel des propos tenus par les participants et on en édite un "quatre pages" dont le rythme de parution suit évidemment celui des Estamémoires.

Le rôle de l'animateur

Il interviewe donc les trois "grands témoins" rencontrés au préalable et il distribue la parole avec l'aide d'un bénévole chargé de tendre le micro (nécessaire à cause de l'enregistrement radio). Il veille à ce que tout un chacun ait le temps de s'exprimer sans tomber dans le verbiage. Il transforme les "a parte" nombreux (à cause de la timidité) en temps d'expression partagée. Il s'assure que nul ne quitte ce rendez-vous frustré d'une parole refoulée et, pour cela, il doit fréquemment solliciter des participants qu'il sent hésitants ou dont il connaît la difficulté à parler en public. Il y faut du doigté et un infini respect - par exemple en laissant à un intervenant le temps de trouver ses mots, en ne l'aidant qu'à la dernière extrémité - tout en lui laissant entendre que c'est bien lui qui a trouvé la formule adéquate. En deux verbes : il faut respecter et valoriser des gens qui n'en ont pas l'habitude.

Il faut également veiller à ce que les jeunes générations s'expriment. C'est plus facile avec des enfants, moins aisé avec des ados.

Yves et Brigitte Thorez, initiateurs de ce projet, ont quitté le Nord pour venir s’installer en Saône et Loire. Ils ont proposé aux Foyers Ruraux de mettre en place un Estamémoire. C’est ainsi qu’un premier débat a été organisé sur le thème de l’école en avril 2010 dans un petit village du département.

Action lancée dans le cadre de l'association "Grandparent" à Wasquehal (59) puis reprise récemment par les Foyers Ruraux Saône et Loire

Personne référent sur l'action : Yves Thorez ; bythorez(arobase)orange.fr ; 03 85 54 58 33

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