L'estamémoire (pour estaminet de la mémoire) est un concept imaginé en 1997, à l'occasion de la Semaine Bleue -dont le thème était "des mémoires pour l'avenir"- par l'association "Grandparenfant" de Wasquehal (près de Lille).
Le principe, calqué sur les cafés-philo alors très en vogue, était d'une simplicité biblique: réunir, dans un café, à dates régulières, des représentants de toutes les générations en vie pour évoquer les souvenirs de chacun sur un thème défini préalablement. Il s'agissait, au moins dans les premières années (car les Estamémoires existent toujours à Wasquehal), de thèmes très concrets : l'école, les progrès techniques, les tâches ménagères, la vie en usine, la guerre vue par des femmes de prisonniers, la chanson, les moyens de se distraire, etc. Chaque rencontre durait une heure et demie et l'association offrait le premier verre (elle avait obtenu une subvention de la Fondation de France qui récompensait l'originalité du projet et qui avait permis d'engager ce type de frais)
Les objectifs
On vise un quadruple but en réunissant ainsi des générations autour d'une mémoire exprimée.
La réalisation
Au début de chaque "sous-thème" l'animateur interview un "grand témoin" pendant 5 à 6 minutes puis donne la parole au public en veillant attentivement à ce que chacun puisse s'exprimer sans accaparer la parole.
La préparation
Dans les semaines précédentes, la commission "estamémoire" choisit le thème, définit les sous-thèmes, repére les grands témoins que l'animateur va préalablement rencontrer pour définir avec eux le sujet de leur intervention et les sensibiliser au temps restreint dont ils disposent pour dire beaucoup en peu de mots… La commission démarche l'établissement où se déroulera la rencontre, convient d'une disposition de salle adaptée.
Dans les semaines qui suivent, on s'offre un débriefing très pointu, on récupère le mini-disque enregistré par une radio locale qui suit toutes nos rencontres et les rediffuse dans la semaine suivante, on transcrit l'essentiel des propos tenus par les participants et on en édite un "quatre pages" dont le rythme de parution suit évidemment celui des Estamémoires.
Le rôle de l'animateur
Il interviewe donc les trois "grands témoins" rencontrés au préalable et il distribue la parole avec l'aide d'un bénévole chargé de tendre le micro (nécessaire à cause de l'enregistrement radio). Il veille à ce que tout un chacun ait le temps de s'exprimer sans tomber dans le verbiage. Il transforme les "a parte" nombreux (à cause de la timidité) en temps d'expression partagée. Il s'assure que nul ne quitte ce rendez-vous frustré d'une parole refoulée et, pour cela, il doit fréquemment solliciter des participants qu'il sent hésitants ou dont il connaît la difficulté à parler en public. Il y faut du doigté et un infini respect - par exemple en laissant à un intervenant le temps de trouver ses mots, en ne l'aidant qu'à la dernière extrémité - tout en lui laissant entendre que c'est bien lui qui a trouvé la formule adéquate. En deux verbes : il faut respecter et valoriser des gens qui n'en ont pas l'habitude.
Il faut également veiller à ce que les jeunes générations s'expriment. C'est plus facile avec des enfants, moins aisé avec des ados.
Yves et Brigitte Thorez, initiateurs de ce projet, ont quitté le Nord pour venir s’installer en Saône et Loire. Ils ont proposé aux Foyers Ruraux de mettre en place un Estamémoire. C’est ainsi qu’un premier débat a été organisé sur le thème de l’école en avril 2010 dans un petit village du département.