Le café-lecture Les Voraces est inscrit dans le réseau des cafés-lecture. En prenant appui sur un premier café-lecture à Clermont Ferrand, en 2005 plusieurs personnes décident d'en créer un sur Lyon. Le café les Voraces s'est appuyé sur la charte des café-lecture en intégrant quelques spécificités, propre à cette association. Si lire reste une obligation scolaire, le plaisir d'échanger autour de textes, l'envie de dire avec des mots choisis peuvent appartenir à tout le monde. Le café-lecture peut être considéré comme un lieu privilégié, un lieu « de » privilégiés. Comment désacraliser le livre tout en lui conservant sa valeur de transmission d'idées, de rêves, d'histoires, d'imaginaire ? Pour répondre à ce problème ou ce frein, pour donner l'envie , il s'agissait avant tout d'ouvrir un « bistrot » de quartier, convivial mais avec aussi des activités proposées dans le cadre d'une démarche d'éducation populaire. Le quartier des pentes de la Croix Rousse est un quartier avec une grande mixité sociale. Le célèbre quartier des Canuts garde toujours son histoire gravée dans les pierres et la population qui l'habite. On y trouve une part de la population constituée de personnes en difficulté sociale, économique, logées dans des HLM réhabilitées. Parallèlement, le quartier est aussi habité par des artistes, des « bobos », des étudiants, des « intellos »... Il n'y a pas eu, à proprement parlé, de choix précis quant à son implantation cependant le projet s'est construit et rapidement développé, notamment et grâce à ce mélange de public.
A l'origine, un café-lecture est un bar où l'on trouve des livres, où l'on peut lire et consommer et où certaines animations peuvent être proposées. Dans l'idée initiale, l'équipe du café-lecture Les Voraces voulait réaliser des ateliers de lecture, d'écriture, de débat, sans isoler les participants dans une autre pièce que le bar lui-même. Pour permettre l'accès de ces ateliers à tout un chacun qui vient boire simplement sa bière après une journée de boulot. Le challenge était dans la manière de faire, sans tomber dans la vulgarisation à outrance. Il fallait trouver des outils adaptés, ne pas être dans une communication unilatérale. Au-delà des lectures publiques, des ateliers presque philo, l'objectif restait la rencontre, l'échange, le débat. Jongler en permanence entre le formel et l'informel ; ne pas rester dans la conversation de comptoir, boire cependant un verre et échanger avec des auteurs, avec des personnes qui peuvent détenir des savoirs même si elles n'ont pas fait des études de philo ou de littérature ; embarquer les gens dans une histoire qui se construit sous leurs yeux et avec eux.
Les ateliers qui se font dans le bar sont structurés et préparés par une ou plusieurs personnes. Par exemple, lorsqu'un thème est choisi avec des lectures de textes en rapport, il y a toujours un animateur qui va donner les bases de compréhension du sujet mais sans faire de cours. Il doit s'adresser à des personnes qui ne sont pas érudites comme à celles qui peuvent connaître plus particulièrement le sujet. Lorsqu'un auteur vient présenter son livre, il ne fait pas une conférence, il raconte ce qu'il y a dans son livre et ce qui l'a inspiré. C'est le départ pour partager la parole avec ceux qui n'ont rien écrit ou n'ont pas encore souhaité lire de textes.
Par ailleurs, à l'étage, il existe une salle où se déroulent d'autres ateliers d'écriture, notamment avec des enfants le mercredi. « L'orchestre des lecteurs » est un atelier dans lequel, entre autre, a été produit un livre autour de la philo et du rugby. A partir de discussions de comptoirs quelques clients ont décidé d'écrire sur ces sujets conjugués et ont présenté leurs écrits terminés à d'autres clients en bas, au bar.
L'objectif initial a été atteint à ce jour puisque la clientèle du bar est réellement mixée avec des publics de tout âge. Chaque habitué trouve sa place, qu'il participe ou pas aux animations proposées ; en outre il se réapproprie l'initiative de certaines lectures publiques. Des clients viennent d'autres arrondissements lyonnais. Ils viennent au café-lecture Les Voraces comme ils iraient dans un café-théâtre écouter des sketchs ou des poèmes.... Les habitués du p'tit blanc sec continuent de s'arrêter après le boulot mais pour certains, ils ont commencé par échanger sur ce qu'ils entendaient puis ont eu envie de lire à voix haute des extraits de leur lecture, journal ou autre et se retrouvent davantage investis dans l'association, restant toujours les habitués du bistrot.
La parole, d'abord discussion de comptoir prend une autre forme dès lors qu'elle est mise en commun et donnée en « pâture » à d'autres personnes présentes. Elle est partagée parce qu'elle est reprise, transformée, contestée et peut à tout moment créer et produire du sens ; « Rugby et Philo » en est réellement l'illustration.
2 rue Camille Jordan 69002 Lyon 04 72 41 06 96 • Contact : Laurence Cernon • Rédaction : Dominique Bouveau