En 2006, les centres sociaux de Mareuil et Brantôme, deux petites communes rurales de Dordogne, ont été interpellés, au cours de rencontres avec les habitants, à propos des relations de voisinage sur le territoire. Lors de ces rencontres, les habitants ont mis en évidence le besoin de parler et d'être écouté, un désir d'avoir des temps de rencontre et d'être informé sur la vie du territoire autrement que par les affiches et tracts que l'on ne regarde plus. « Trop d'affiches, trop d'annonces, on ne prend plus le temps de lire les informations que l'on nous donne !... » « C'était mieux du temps ou ce lien social existait vraiment... » « On en a mare des mauvaises nouvelles dans les médias classiques !... »
Pour passer de cette expression à l'action, les équipes de ces deux centres sociaux ont associé à leur réflexion les artistes du territoire. C'est ainsi qu'est né le projet des « Crieurs publics ». L'idée étant de répondre à cette demande d'échange d'informations locales tout en impliquant un maximum d'habitant du territoire et surtoutceux qui ne sont pas habitués à l'expression publique.
Deux crieurs publics s'invitent de village en village, un jour par semaine, créent un rendez-vous, une occasion de se rencontrer, bien souvent le jour du marché. Ils annoncent les bonnes nouvelles locales mais également celles des cantons limitrophes, les initiatives, récoltent les envies, les besoins des habitants. L'objectif est de faire le lien entre les habitants des différentes communes, de parler de se qui se fait mais aussi de proposer des réflexions, des créations. Le « crieur public » est un média local pour tous : habitants, associations, collectivités locales, travailleurs sociaux,etc...
Les crieurs publics peuvent transmettre les informations sur les fêtes locales (vides greniers, kermesses, concerts, spectacles), les initiatives d'habitants (organisation d'une fête à la limace entre voisins et amis, demande de « coup de main »,...), mais aussi des recherches d'emploi, de garde d'enfants, de terrains, de prêt de matériel agricole et même de recettes allant du vin de noix jusqu'aux élixirs de plantes ou autres secrets pour guérir un rhume ou des rhumatismes. Les collectivités locales comme la Communauté de commune n'hésitent pas à solliciter les services du Crieur public pour informer par exemple la population des postes à pourvoir prochainement pour l'animation de ses garderies périscolaires. Autant d'exemples témoignant que les messages ont pu être légers et drôles, mais aussi utilitaires ou graves, invitant à la discussion, au partage de savoirs, d'opinions, à ouvrir sur ce que l'on pense dans la commune d'à côté.
N'importe qui peut en son nom propre ou au nom d'un collectif déposer son message (annonce, pensée, poèmes, voeux,...) dans une boite aux lettres installée devant le centre social durant la semaine, ou en main propre au crieur le jour même. Le crieur, personnage folklorique déguisé en garde champêtre équipé d'un tambour et flûtiau, commence par un tour du bourg, puis se poste sur la margelle de la fontaine sur la place du village. Ensuite, par une mise en scène improvisée selon l'ambiance du marché, le crieur propose les messages au public et suscite les commentaires. Le crieur est un personnage volontairement folklorique ce qui permet de donner l'envie aux gens d'un rapport simple et direct. Cette folie sur la place publique permet d'abolir les peurs qui empêchent une communication en toute simplicité. Toutefois, ce personnage « folklorique », qui doit évoluer dans le projet, peut parfois être considéré comme une animation plus qu'un véritable média local.
Marie Maison et Christophe Carrere souhaitent poursuivre l'aventure sur le territoire.« On nous demande souvent quand reviennent les crieurs sur el marché... ! »; « Nous sommes souvent sollicités pour des manifestations local es, des festivals... » Une formation de crieurs permettant aux habitants séduits par cette initiative de prendre le relais, reste toujours dans les projet de Marie et Christophe... « Ce n'est pas évident pour quelqu'un qui n'a pas l'habitude : le poids du regard de l'autre...C'est pour cela que l'on aimerait bien leur donner des petits trucs et mener une réflexion de fond avec eux...pour que cela reste du plaisir... » Mais tout cela demande du temps, de la disponibilité et donc des ressources financières.
5 place André Marchaps 24340 MAREUIL 05 53 56 74 70
Contact : Marie Maison et Christophe Carerre ; 05 53 56 76 58
rédaction: Stéphane Ingouf