MÉDIAS, PAROLES, PARTAGE
Rencontre-débat à l’occasion de la remise des prix du concours radio

A l’occasion de la remise des prix du concours de productions radiophoniques, qui a eu lieu le 4 octobre 2011, deux tables rondes ont été organisées autour du thème des médias et des paroles partagées. L’occasion d’échanger, voire de confronter deux mondes, celui des associations et celui des médias dits traditionnels. Et de s’interroger sur la place et la diffusion d’une parole citoyenne.

La remise des prix du concours radiophonique prêtait naturellement à ce que la radio soit mise au ban d’honneur. Par sa nature même, la radio est le média de partage de la parole : si tout le monde ne maîtrise pas l’écrit ou l’image, apparemment tout le monde est à même de s’exprimer.

Les radios associatives, le vent en poupe mais…

La multiplication des radios associatives semble confirmer ce lien privilégié entre média et parole citoyenne. On en compte aujourd’hui plus de 600. Le temps de l’ORTF et des radios pirates semble loin. « En 1969, à l’occasion d’un festival, on avait équipé une maison de jeunes d’un studio de radio relié par câble à la mairie. Cela a fait scandale ! L’idée était de mettre à disposition des populations des moyens de prise de son ou de vue. Mais à l’époque le matériel était plus difficile à manier et au final il a été délaissé. Les obstacles techniques sont aujourd’hui levés. Le matériel est plus facile à utiliser, plus léger, il engendre aussi moins de frais. Il est loin le temps des disques de cire ou les magnétos à fils ! De plus, avec Internet, on peut maintenant se passer d’une émetteur » raconte Émile Noël ex-chercheur à l’INA et ex-producteur d’émissions scientifiques sur France-Culture.

Pourtant cette multiplication des radios associatives est-elle obligatoirement synonyme de partage de la parole ? Selon Patrice Berger, du Syndicat National des Radios Libres (SNRL), président de Radio Pluriel dans l'agglomération lyonnaise, il est maintenant possible de donner la parole facilement aux populations, sans grande préparation. Mais il nuance : « On compte entre 600 et 650 radios associatives de qualité différente. Certaines pourraient être améliorées et apprendre à travailler avec de bons producteurs de contenus ». Une parole n’est-elle véritablement partagée que lorsqu’elle est de qualité ? C’est ce que pense Edouard Zambeaux, journaliste, producteur de l’émission « Périphéries » sur France-Inter : « Partager une parole c’est d’abord la construire. L’avantage de la radio c’est qu’elle ne fait pas intervenir l’écrit. Mais la première intention est souvent du bavardage, et ce n’est pas forcément bon. Avec France-Inter nous avons permis par ex à des jeunes d’animer l’antenne de 6h à 21h. Mais ils ont été aidés et accompagnés en amont ».

Construction de la parole ou formatage ?

Construire la parole, la plier à certains codes de communication, n’est-ce pas courir le risque de la dénaturer, voire de la trahir ? Eric Seyden, animateur de l’association « Parlez Cités – Avis de quartier » insiste lui aussi sur la qualité des productions : « On a créé un portail sur Internet où les gens du quartier peuvent s’exprimer. Le contenu est très diversifié. L’idée est que le portail devienne un carrefour du quartier, fédère les différents acteurs sociaux et économiques. On monte également des reportages. Une équipe prépare, interroge et monte. Il faut que ce soit une production de qualité et il y a en conséquence un « certain formatage ». Mais le but est aussi de « faire passer autre chose », de créer un lien social et un dynamisme social ».

La question du lien semble essentielle. Les radios associatives sont moins soumises à l’urgence. Par définition elles s’ancrent dans la création de lien. Un lien qu’Anaïs Poirot-Gorse et Emily Valat, lauréates du concours radiophonique, ont pris le temps d’établir et de renforcer avec l’association Femmes dans la cité (Stains) : « Avant de les rencontrer on s’est renseigné sur cette association du Clos Saint-Lazare. Nous sommes allées leur rendre visite plusieurs fois. Voir ce qui s’y passait. Nous avons participé à certains de leurs ateliers. Notre première démarche a clairement été d’établir un lien avec elles. Nous ne sommes pas arrivées avec un micro directement ! Petit à petit elles nous ont fait confiance. Elles ont accepté qu’on enregistre. Ça a demandé un travail d’information et de repérage en amont, ça a pris du temps. Le fait que l’on ne soit pas journalistes a également aidé. Il y avait moins de méfiance ».

La parole partagée, exclue des médias traditionnels ?

Un lien qui demande du temps. Un temps dont les médias traditionnels ne semblent plus disposer : « Pour moi, la parole partagée est absente du service public. La parole donnée à l’auditeur à la radio ? Une supercherie. Les trois-quarts des auditeurs sont triés. Leur question reformulée » dénonce Émile Noël. « Mais la parole partagée ce n’est pas seulement la libre antenne. C’est aussi la parole que les journalistes vont chercher » nuance Édouard Zambeaux. « Il est vrai que les médias ont tendance à ne s’ouvrir qu’aux « bons clients ». Je pense que nous, journalistes, devons aussi inventer de nouveaux modes d’accompagnement pour aider les gens à élaborer leur discours. Mais cela nécessite du temps, alors qu’aujourd’hui nous sommes dans l’urgence ».  Et Patricia Citaire, journaliste, d’ajouter : « Aujourd’hui la règle dans la profession c’est la précarité des statuts. Et quand on est précaire, on n’a pas forcément les moyens de prendre du temps, de mener l’enquête, de se rendre sur le terrain. De moins en moins de journalistes se rendent sur le terrain ! ».

Dans ce contexte, comment intéresser ces médias aux démarches de paroles partagées ? Selon Edouard Zambeaux : « C’est toute la question de comment les classes populaires atteignent aujourd’hui les médias. Globalement, les journalistes ne sont plus maîtres de leurs sujets. En France, il y a entre trois et quatre attachés de presse pour 1 journaliste ».

L’expérience de l’association lilloise La Générale d’Imaginaire illustre bien la difficulté d’accès aux médias. Stéphane Gornikowski, président de l’association, raconte : « Nous avons monté un projet avec des lycéens autour du grand banditisme car nous avions remarqué la fascination que ce milieu exerçait sur eux. On a alors demandé à un ancien du milieu d’intervenir et nous avons travaillé avec eux pour déconstruire l’idée romantique qu’ils en avaient. On a eu un très bon niveau de questionnement des élèves de terminales technologiques et professionnelles. Mais on a eu du mal à faire passer cette expérience positive auprès des journalistes. Personne ne voulait écouter ces lycéens ! On a juste eu une double page dans le Nouveau détective, qui nous présentait comme des espèces de terroristes ! ».

En fédérant les associations participantes, en partageant et en diffusant les démarches mises en place, le collectif Paroles Partagées peut-il aider à établir des liens plus étroits entre les associations et les médias ? Ne peut-il intégrer des journalistes ? Le projet vise entre autres choses à donner plus de visibilité aux projets menés. Beaucoup reste à entreprendre. Mais les fondements d’une coopération plus étroite entre associations d’une part et médias et organisations sont jetés.

Maria Vita Romano

réagissez à cette page

  • Recherchez
  • ok
PAROLES PARTAGEES | C/O FNFR 1 rue Sainte Lucie 75015 Paris | contact@paroles-partagees.org