Dans le cadre du projet « P'ART'AGES » initié par la Fédération des centres sociaux du Périgord et le centre social et culturel du Verteillacois (Dordogne), une association d'artiste a choisi de rencontrer des habitants afin d'esquisser un portrait contrasté du canton de Verteillac. Quatre bourgs, quatre familles,...quatre films courts (15 minutes) ont été réalisés, chacun autour d'un thème qui a émergé lors des entretiens. En retour, une soirée est organisée dans chaque commune ; la présentation du film permet d'ouvrir la discussion, qui se poursuit autour d'un repas.Le centre social et culturel de Verteillac anime un projet de développement social local sur un territoire rural de la Dordogne. Le lien social est au coeur de sa démarche. Il y a deux ans, l'équipe a proposé un projet suscitant la rencontre intergénérationnelle entre les habitants au travers d'actions culturelles portées par des artistes locaux, Pour cela, l'association d'artistes locaux « Ipse Idem » fût invitée à mettre sa créativité au service du lien social ; à partir de rencontres à domicile, en accompagnant des envies d'habitants. C'est Magali Larroque et Alexandre Southgath, qui ont relevé ce double défi : faire partager la parole là où on ne le fait plus et démontrer que l'artiste est acteur du développement social d'un territoire. Des artistes qui rencontrent des habitants,... des souvenirs... des sentiments confiés,... un sujet à partager,... un film déclencheur de débats ,... une invitation à partager ce sujet,... une soirée rencontre ...
Magali et Alexandre ont choisi de contourner la vaste question « De quoi avez-vous envie ? » en proposant la mémoire comme prétexte à la rencontre. Le principe était de favoriser l'expression, pour ensuite la partager. Une à six rencontres pour chacune des quatre familles impliquées dans ce projet, ont été nécessaires pour se connaitre, se faire confiance, se livrer sur ses souvenirs et sa vie quotidienne . « ...Néanmoins, cela à été très rapide de s'apprivoiser » nous confie Magali, « ce qui a été le plus long c'est que quelque chose de poétique apparaisse, c'est-à-dire en dehors des généralités historiques, quelque chose de touchant qui soit à la fois personnel et parlant à tous...». Le questionnaire prévu pour orienter l'entretien était souvent laissé de coté pour laisser libre la parole recueillie à partir d'enregistrements audio et vidéo réalisés (en accord avec les familles). Quatre thèmes, propices au partage, ont émergé et c'est à partir d'eux que Magali et Alexandre ont monté quatre films courts d'une quinzaine de minutes.
Ces quatre films ont été présentés à la population, dans la salle des fêtes des différentes communes. Ces soirées animées par Magali et Alexandre avaient pour but d'inviter les habitants à découvrir un de leurs voisins au travers du film et d'échanger sur l'un des thèmes abordés : « l'intégration d'une famille néerlandaise au sein du village » ; « Venir d'ailleurs pour vivre ici », « c'était mieux avant ? », « D'un côté à l'autre de la ligne, deuxième guerre mondiale en Verteillacois » ou encore « Que transmettons-nous à nos enfants ? »).
Le débat durait environ une heure. Alexandre introduisait son animation en présentant très clairement les règles du jeu « ce n'est pas les personnes qui parlent le plus facilement qui doivent monopoliser la parole... ». Chacun devait pouvoir s'exprimer. Il ne se présentait pas en tant qu'animateur du débat mais bien en tant qu'artiste, habitant le territoire et curieux de connaitre le point de vue de chacun concernant les sujets abordés dans les films. Après une heure de débat, c'est autour d'un repas organisé par l'amicale laïque de la commune que chacun pouvait poursuivre la discussion.
« Les gens ont envie de rencontres, de participer à des discussions, d'écouter, de donner leur avis...ce sont les occasions qui manquent... » Dans ce projet, l'enjeu, pour Magali et Alexandre, n'est pas de rassembler des personnes dans un même lieu pour parler, c'est bien de les faire se rencontrer... Ainsi, ce n'est ni la qualité du film, ni le nombre de personnes rassemblées au cours des soirées qui importe, car, même si la qualité fût au rendez-vous, ceux ne sont que les moyens pour faire circuler la parole. Il faut rester vigilant pour que la volonté de rendre visible l'action ne nuise pas à la circulation et le partage de la parole pour tous ; ce qui nécessite parfois une certaine intimité. En effet, pour Magali, le partage de la parole s'appuie sur une parole personnelle des participants...un point de vue, un sentiment, qu'il assume et qu'il est prêt à proposer à l'autre. Cette posture peut être difficile pour quelqu'un qui n'en a pas l'habitude. Pour cela, le projet doit rester au service de tous mais avoir une attention particulière pour ces personnes persuadées qu'elles n'ont pas leur place dans le débat. Une crainte existait : que ces soirées se résument à des « discussions de comptoir ». Les thèmes, l'existence des petits films, la mixité du public présent ainsi que la participation de personnes spécialistes sur certains sujets ont permis que ces rencontres soit source d'enrichissement personnel et relationnel.
« Mémoire d'habitants » n'a qu'une année d'expérience mais a déjà amorcé une dynamique sur le canton de Verteillac. » Les soirées ont intéressé jusqu'à 100 personnes pour un total de 350 personnes sur l'ensemble du projet. Ni le centre social ni les deux artistes n'ont une vision claire des effets de cette action sur le territoire. Toutefois, les impressions exprimées par des participants laissent à penser que ces espaces de rencontre et d'enrichissement mutuel ont trouvé (ou retrouvé) leur place sur le territoire. Les acteurs principaux des 4 films ont rencontré une certaine célébrité, qu'ils partagent volontiers avec Magali et Alexandre dont l'action a permis de faire tomber certains préjugés sur les artistes et leur rôle dans la société. Condition pour pérenniser Faire émerger la parole pour ceux qui ne se l'autorisent pas ne se décrète pas. Le succès de ce projet tient autant à la qualité des artistes sollicités qu'à la capacité du centre social à impulser et soutenir ce type d'action. Ces compétences sont complémentaires et exigent les moyens financiers en rapport à cette reconnaissance professionnelle. C'est l'engagement de tout un territoire qui rend possible une telle action (élus, associations, partenaires financiers,..) par leur disponibilité et leurs aides matérielles et financières. Toutefois, au-delà des moyens, c'est bien l'apprentissage du travail ensemble entre le centre social et les artistes qui semble avoir été riche en découvertes. Chacun ayant des exigences différentes. C'est cette complémentarité et l'intelligence que nécessite cette collaboration qui assurera la pérennisation de ce projet.
Centre Social Avenue d'Aquitaine : 24 320 Verteillac • Tel : 05 53 90 36 24 • Association Ipse Idem Magali : Larroque et Alexandre Southgate • Tél : 05 53 90 14 87/ 06 32 02 21 23 • e-mail : magalielarroque(arobase)yahoo.fr • Rédaction : Stéphane Ingouf