Nordine Hassani a grandi baigné par les contes de sa grand-mère, des histoires où réel et imaginaire s'entremêlent et se nourrissent. Depuis, devenu comédien et professeur d'Art Dramatique, il s'intéresse tout naturellement à la transmission orale et notamment à la transformation de récits de vies en contes !
Il contacte ainsi la Maison de la Culture de Gauchy, avec laquelle il avait déjà travaillé, et un projet est monté en partenariat avec le Conseil Régional de Picardie et la Ville de Saint-Quentin.
Deux Centres Sociaux, ceux du quartier Saint-Martin et Vermandois, se montrent intéressés par le projet, et proposent d'accueillir l'artiste dans leurs structures afin qu'il puisse y rencontrer les habitants.
Amener les gens à parler, à se raconter n'est a priori pas une chose facile. Une des raisons du succès de ce projet réside dans le fait que les animateurs des deux Centres Sociaux ont bénéficié d'une formation en amont. Elle consistait à leur faire vivre le projet de l'intérieur, en les amenant à rencontrer Nordine Hassani, à se dire leurs vies et à entendre leurs contes. « ça nous a permis de comprendre la démarche, et pour nous c'était plus facile d'inviter les habitants du quartier à participer, on pouvait leur dire « vas-y tu verras bien, moi j'y suis allé et ça m'a fait du bien de parler ».
Les habitants rencontrent peu à peu Nordine, sur des temps informels d'abord puis, peu à peu un groupe se forme et discute. C'est un groupe ouvert, vivant, où certains arrivent, d'autres partent : aucun engagement n'est demandé. Chacun explique à sa façon sa vie, son parcours, et écoute les autres. C'est un partage, qui amène à s'ouvrir, à faire confiance, et à respecter cette confiance en retour. « j'ai fait un bond en avant, ça m'a permis de me retrouver, de reprendre confiance en moi et de rencontrer des gens » explique ainsi une habitante.
Les contes sont écrits par Nordine Hassani qui essaye de trouver un axe, un fil conducteur à ces 35 récits de vie. Ces contes, et même parfois ces chansons, seront ensuite présentés aux habitants qui se les réapproprient. Certains les gardent ensuite pour eux, d'autres veulent poursuivre en contant (ou en faisant conter ) leurs histoires de vies au public, aux voisins et à la famille...
C'est un véritable défi, qui est en même temps une suite logique dans la démarche. Les habitants des deux quartiers vont ainsi être mis à contribution puisque leurs immeubles allaient devenir un théâtre et leurs balcons des scènes !
Le vendredi 4 juillet 2007, un repas est proposé au pied d'un immeuble du quartier Saint Martin. Les tables sont dressées sous un arbre et, sur cette place improvisée, des personnes de toutes générations se côtoient, discutent, et s'amusent par exemple de cette façade pourtant si familière mais rendue quasiment antique par l'éclairage rasant installé pour l'occasion. C'est d'autant plus spectaculaire que tout le monde a joué le jeu, la municipalité en éteignant l'éclairage public, et les habitants de l'immeuble leurs lumières. Lorsque la nuit tombe, les contes peuvent commencer. Un balcon est éclairé et, de cette scène qui semble flotter dans l'obscurité, apparaissent des gens et les histoires qu'ils ont envie de nous faire découvrir. Avec des mots simples, pudiques, et une touche d'humour, ce sont des parcours souvent difficiles qui sont ainsi partagés. Sans misérabilisme, on y évoque les embûches, les difficultés d'une vie où même cabossé, il faut savoir rebondir avec l'aide de sa famille, pour ses enfants ou grâce à des amis. Parce que tout ces contes sont finalement des messages d'amour, de remerciement. Le dernier conte en est un exemple émouvant, puisqu'il a été entièrement pensé par les habitants pour remercier Nordine Hassani de ces temps passés ensemble.
Ce projet est sans conteste un double succès. D'une part, le pari d'amener des gens à se raconter aux autres, par leurs mots et grâce aux contes, est gagné, avec plus de 35 participants sur les deux quartiers. D'autre part, le fait d'utiliser ce travail effectué en groupe relativement restreint pour l'amener à déborder sur tout le quartier l'est tout autant. C'est incontestablement une des réussites du projet, puisque cette dimension a été développée grâce à la volonté des participants qui ont agi sur leur quartier. La soirée contes s'est ainsi déroulée dans une ambiance très conviviale, où le quartier ressemblait à un petit village en fête, mélant toutes les générations.
S'il est difficile de retirer une recette miracle, deux points (en plus du choix de l'artiste, de son savoir faire et de ses dimensions humaines) semblent avoir une grande importance: celui d'avoir du temps pour amener petit à petit le projet dans les deux quartiers en prenant du temps pour simplement s'intéresser aux autres. Le deuxième point fort est celui des partenariats établis qui ont permis de partager le projet et de se l'approprier. C'est un partenariat qui regroupe plusieurs structures socio-éducatives autour de la Maison de la Culture de Gauchy, mais qui implique aussi des structures institutionnelles (Municipalité de Saint Quentin, Conseil Régional de Picardie...).
Cette appropriation a amené une dynamique importante, que l'on retrouve chez des habitants qui ont participé à cette action. Se soutenant et se motivant mutuellement, ils ont su devenir acteurs de leur projet en l'implantant dans leur environnement. Et en imaginant des suites possibles à mettre en place pour la rentrée 2008 (une Bande Dessinée faite avec des collégiens est ainsi envisagée entre autres pistes).
Quelques aspects restent cependant à approfondir, comme la faible présence d'hommes (2 sur 35 environ), liée de manière générale au public essentiellement féminin des deux Centres Sociaux. De plus, il semble vraiment important d'insister sur la gestion du temps, ce projet s'est en effet déroulé sur six mois, durée qui s'est révélée un peu juste au final.
Rue Gabriel Péri 02430 GAUCHY 03.23.40.20.02 • Contact : Fatima Bendif • Rédaction : Julien Ouvrard