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LE SLAM À MONCÉ
Un projet informel né des envies des jeunes

Date : 28/11/2008 Région : Grand Ouest / Thème : Expression collective / Public : Jeunes

Un projet de Paroles Partagées ne nait pas toujours dans un cadre formel. Un groupe de jeunes nous en offre la démonstration. A leur initiative, en marge de la MJC et contre toute attente, ils constituent un collectif de slam à leur façon, qui s'élabore de manière souterraine, puis se jettent à l'eau avec leurs textes. Ici, se partage la parole à plusieurs niveaux. Mais, pourquoi le slam a-il réussi à s'imposer à Moncé-en-Belin ?

Un projet informel né des envies des jeunes « au local »

Un projet de Paroles Partagées ne nait pas toujours dans un cadre formel. Ainsi, le projet autour du « slam » à Moncé-en-Belin, commune située dans la grande périphérie du Mans, n'est pas un projet que la MJC met habituellement en avant. Il est né de rencontres et de discussions « au local » des jeunes, sous la présence bienveillante d'un animateur.

Cet animateur me parle de bien d'autres projets autour de la parole, notamment d'un projet de solidarité en Roumanie ou d'une tournée des MJC montée par des jeunes groupes. Il est d'abord surpris qu'on souhaite valoriser ce projet qui n'en est pas un à proprement parler. Il n'apparaît nulle part dans la plaquette de la MJC ! C'est un projet qui est né « comme ça » !

Tout est parti d'une bande de jeunes qui se réunit régulièrement dans une annexe du centre socio-culturel, le « local ». En réalité, ce local, c'est l'ancienne MJC, laquelle a été reconstruite une centaine de mètres plus loin. Un centre socio-culturel intercommunal aux dimensions impressionnantes pour cette petite commune de la périphérie du Mans.

Ces « jeunes » sont tous adolescents, majoritairement âgés de 13-14 ans au démarrage du projet. Il ont évolué dans des filières professionnelles en vue d'un travail plutôt manuel. Le slam est perçu comme un loisir. Ces apprentis poètes se sont souvent inspirés des textes de rap, ils écoutent beaucoup de hip-hop. En même temps, ils ont baigné dans la musique de leurs parents et revendiquent aussi l'influence des chanteurs à texte, de Brel à Brassens, en passant par Aznavour, Ferrat, Gainsbourg...

Ces jeunes, sous l'impulsion d'un leader, Maël, expriment leur envie de chanter du rap, puis peu après de faire du slam. Ce glissement correspond à l'envie des jeunes d'utiliser un moyen d'expression mieux perçu et reçu par les adultes. Les jeunes ont fait l'expérience d'un texte présenté une première fois en rap, et une autre fois en slam. Dans un cas, c'est une musique de sauvage, dans un autre, c'est de la poésie ! Mais qu'est-ce donc le slam ?

Le « slam » est une notion vague : « le slam de Moncé-en-Belin ne ressemble à aucun autre ! » C'est l'instrument du pauvre, il n'y a pas besoin d'instrument. C'est un moyen de s'exprimer, de délivrer un message en toute liberté, sans filtre financier ni l'excuse d'une production. Son usage est oral, spontané et éphémère. En amont, les jeunes utilisent souvent un support écrit pour coucher leurs productions textuelles balbutiantes. Ils se documentent souvent à la bibliothèque ou sur Internet.

Leurs textes sont ouverts sur les questions de société et sur l'actualité. Ils mettent aussi en lumière les contradictions du monde politique à leur égard : « ils sont trop jeunes pour voter à 16 ans, mais pas pour aller en prison » ou « t'as le droit d'ouvrir ta gueule, mais le devoir de la fermer ». Il arrive que leur slam évoque une expérience personnelle dure. A l'inverse, il peut évoquer des personnages inventés, inspirés de fictions ou fantasmées. Ainsi, cette prostituée qui paie ses charges à l'état, mais qui n'est rien : « Roxanne n'était qu'une putain ».

Quand la parole entraine la parole et modifie l'image...

Au local, trois fois par semaine, le groupe se réunit, échange ses écrits et répète. Les jeunes progressent dans le cadre du collectif. Chaque vendredi, ils font une présentation de leurs textes auprès des autres jeunes, se donnent des conseils, s'entrainent par des exercices verbaux ou corporels. Les textes présentés donnent lieu à des discussions entre jeunes. Par exemple, un texte sur Marie Imbert donne lieu à une discussion sur l'euthanasie. L'animateur est présent mais n'est là que pour les "mettre en confiance ". Peu à peu, la bande se prend au jeu et exprime son envie de se produire sur scène. A ce moment, ce qu'on peut désormais appeler un « collectif » est constitué d'environ 25 jeunes.

C'est lors de la fête de la musique que les jeunes font leur première démonstration en public, puis lors de l'Assemblée Générale de la MJC. Rapidement, l'image que les adultes ont de ces jeunes évolue : « ils ont des choses à nous dire ». Les jeunes ont réussi leur pari : à leur initiative s'est établi un pont avec d'autres générations. Depuis trois ans, cette expérience se perpétue. Le groupe se renouvelle peu, mais est reconnu dans la ville et véhicule une image positive. Avec le slam, il a permis des échanges avec d'autres jeunes sur le département. Pour Maël, l'expérience continue au niveau des concours semi-professionnels.

Jeunes et paroles partagées : quelles conditions ?

Ce projet, né à l'initiative de jeunes, a permis un échange de paroles à plusieurs niveaux : entre jeunes, entre les générations de la commune, avec les jeunes d'autres communes. Il a ouvert des discussions de toutes natures. Il a généré de la confiance chez ces jeunes manuels, chez qui on n'avait pas perçu la capacité à inventer, imaginer, prendre la parole et exprimer une opinion de manière poétique. Ils ont réussi à changer quelque peu l'image des jeunes dans la commune Ils ont essayé de révéler également un dysfonctionnement de la communication entre les adolescents et les autres générations. Ont-ils été vraiment entendus ?

La principale condition, c'est l'existence d'un collectif dans une discipline artistique où la performance scénique est la plus souvent individuelle. Ce terme, souvent employé dans le monde du slam, désigne un groupe de personnes solidaires, réunis pour mieux progresser dans l'écriture, la poésie et sur scène. Ce collectif est animé par un leader, élément moteur du groupe.

L'animateur a également un rôle majeur, malgré sa discrétion. Interrogé, il confie sincèrement ne pas avoir eu d'autre rôle que de les encourager et de leur donner confiance, ce qui est déjà essentiel. L'un de ses collègues, plus distancié sait décrire ce travail souterrain et pourtant capital : expliquer le slam aux parents, inciter parents, élus, habitants à venir voir la performance, aider les jeunes à se produire sur d'autres scènes, les entrainer à s'exercer en temps limité en vue des concours...

Mais le projet n'aurait pas pu se développer sans l'existence du local : les jeunes ont bénéficié d'un « lieu à eux », où ils ont pu prendre le temps d'exprimer leurs envies, de se rassembler, d'échanger, de répéter et progresser. Sans cet espace de liberté relié à la MJC, le slam n'aurait jamais vu le jour à Moncé-en-Belin...

Centre socio-culturel du Val'Rhonne

Allée de l'Europe 72230 MONCE-EN-BELIN Tél : 02 43 42 29 48 • Contact : Laurent LANNE-PETIT (animateur) • Rédaction: François Moreaux

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