A l’origine du projet, une « commande publique » à travers la commission « Ville d’art et de patrimoine » de la Ville de St Etienne. Le directeur de la MJC va s’en saisir en faisant appel à ses partenaires habituels que sont le collège et la responsable du Réseau d’Education Prioritaire (REP). Il va ensuite contacter un écrivain et un photographe ainsi que le collectif mémoire déjà existant sur le quartier.
En début d’année scolaire, le professeur de français et la coordinatrice du réseau proposent aux élèves de réaliser un écrit qui sera publié dans « Trame urbaine », édition officielle de la ville de St Etienne présentant la mémoire des différents quartiers urbains qui la composent. Il s’agit avant pour les jeunes qui vont livrer leurs « secrets » qu’ils soient sincères, autant que leurs propres parents l’ont été pour ce même travail de mémoire.
Tout en restant dans un programme scolaire, le travail en partenariat avec un écrivain suscite de l’intérêt pour les jeunes. Il s’agit de l’écrivain Alain Turgeon, qui apportera plusieurs machines à écrire pour graver la parole de façon plus complexe puisqu’on ne peut pas effacer aussi facilement qu’avec un ordinateur.
La partie scolaire se rattachera à l’apprentissage de l’autobiographie et l’utilisation du « je » dans leurs écrits ; la partie la plus engageante pour chacun des jeunes est la retranscription de leur propre ressenti au travers de l’écriture mais également revue et corrigée après les différents échanges avec leurs collègues.
Le travail de mémoire est juste un support pédagogique pour les faire écrire mais aussi les faire parler, débattre et soumettre leur propre parole aux autres.
La rencontre avec le photographe leur permettra de découvrir des photos représentant le quartier à différentes époques, antérieures à la démolition et la réhabilitation du quartier à partir desquelles les jeunes pourront exprimer leur propre mémoire.
Chaque temps d’atelier fait l’objet de débats, d’échanges forts en émotions et en expression.
Le professeur fait tout un travail de « toilettage » de ces textes pour qu’ils soient recevables par tous. Certains jeunes ont écrit mais n’ont pas pu livrer leur texte aux autres ou n’ont pas pu parler de ce fameux ressenti qu’ils ont éprouvé en l’écrivant.
Lorsque les textes ont été affinés avec l’apport du professeur ou de l’écrivain, ils se sont saisis des machines à écrire. Les jeunes ont pris conscience qu’il leur fallait échanger avec les adultes ou leurs collègues avant d’inscrire leur texte sur la machine. On n’appuie pas sur la touche « suppr ». La parole prend alors une place primordiale puisque c’est lorsqu’elle sera juste qu’elle laissera une trace définitive.
Ce travail avec les machines à écrire s’est réalisé dans la bibliothèque du collège. Ce lieu est un lieu de passage et très vite d’autres élèves assistent par curiosité aux ateliers et de fait aux débats et échanges des élèves de la classe. Ceux-ci ont dû expliquer le contenu de cet atelier et pourquoi ils faisaient ce travail d’écriture. Très vite, d’après les adultes intervenant sur l’atelier, les jeunes sont sentis très vite valorisés et sont allés encore plus loin dans leur recherche et dans l’expression de leur ressenti.
D’autant que des échanges auront lieu ave le collectif mémoire qui se réunit régulièrement à la MJC avec des adultes pour reconstruire une mémoire collective du quartier de Beaulieu.
Les allers et retours entre l’écriture, l’expression, la rencontre avec d’autres habitants du quartier ont construit de façon solide et valorisante pour les jeunes une véritable parole partagée.
Chaque texte a souvent été réécrit trois à quatre fois avant d’être inscrit définitivement et choisi de manière collégiale Lorsque ce travail a été terminé, les textes et photographies ont été soumis à la ville de St Etienne afin d’être édités dans le journal « Trame urbaine ».
Certains textes ont été censurés par les services de la ville parce que les paroles ont été écrites de façon trop brutale. « Tout peut se dire en y mettant toutefois les formes » dit Michèle Perrin, coordinatrice du réseau d’éducation prioritaire. Certains élèves ont accepté de reprendre leur texte, de faire le deuil de leur propre parole. Sur les 12 récits initiaux, seulement 5 ont été retenus, du point de vue de leur forme pour être publiés dans la revue.
Mais la MJC s’est saisie de l’ensemble des textes et des photographies et a réalisé une exposition dans ses locaux, ouverte au public. L’inauguration de l’exposition marquera aussi officiellement la remise du n° 5 de « Trame Urbaine » à chacun des acteurs (adultes et jeunes) par le maire de St Etienne, en présence de l’inspecteur d’académie.
Bd de la Palle 42100 Saint Etienne 04 77 46 31 66 • Contact : Michel Maziotta • Rédaction : Dominique Bouveau et Laurent Assathiany